mardi 19 février 2013

M ou la vie dans la montagne 9 : le pékan

 

Pékan_CentredelaNature _FA mai 2012

 

Ni méthode, ni discipline ne sauraient suppléer à la nécessité de se tenir éternellement sur le qui-vive. Henry David Thoreau. Walden ou la vie dans les bois. Bruits.

Un pékan. Il ne lui manquait plus que ça. Il admit que l’assaut de la bête semblait possible en raison de multiples facteurs tels les changements climatiques, l’urbanisation et l’augmentation des chats errants à l’automne. Ce genre d’agressions demeurait rarissime. Néanmoins, il n’avait pas envie de repartir à la chasse. Mireille Noël. Suite pour demoiselle. Pékanard. Nouvelle.

Chose promise, chose due… Au cours de l’été, à ma courte honte, je vous ai laissé cogiter en pleine tourmente. Je ne pouvais affirmer avec certitude si la bête croisée sur le chemin de Rocky le rouge avait des liens familiaux avec la martre, l’ours, le chat ou le pékan.

Le billet en question relatait ma rencontre avec l’étrange personnage. Vous pouvez le consulter ici.

Outre quelques angoisses, l’événement m’inspira une nouvelle intitulée Pékanard que je viens de publier dans le recueil de nouvelles Suite pour demoiselle.

Mes recherches m’ont menée jusqu’au centre de la science de la recherche de l’université McGill. Les services biologiques ont confirmé avec précision que le petit sacripant rencontré sur ma route est bel et bien un pékan. Il semble qu’il ait adopté un territoire de la montagne. De plus, il ne semble pas s’offusquer de la présence des humains à proximité de son terrain de chasse. Il se préoccupe beaucoup plus des petits rongeurs qui osent s’agiter dans son nouveau domaine. Les tamias, les écureuils, les lièvres et les porcs-épics constituent son ordinaire. Certaines légendes prétendent qu’il affectionne également les chats… Quelle horreur ! Aux abris les minets !

Je n’en reviens toujours pas. J’étais convaincue que ce téméraire fréquentait uniquement les régions sauvages et éloignées. Eh bien non. Il existe un troll à quatre pattes sur ma montagne et il se porte drôlement bien.

Existe-t-il des clochettes à pékan ?

Je remercie sincèrement Madame Hélène Diéval, biologiste, qui m’a gentiment transmis les informations pertinentes. L’image croquée sur le vif est particulièrement saisissante.

À suivre…

 

samedi 13 octobre 2012

Suite pour demoiselle...



Ça y est... il est né le petit dernier. Je vous propose un recueil de nouvelles écrit à l'encre de l'eau de source de la colline. Recueil de textes inédits présenté comme un sourire à la vie.

Je vous souhaite bonne lecture!

Avec Suite pour demoiselle, l’auteur nous offre un recueil de nouvelles humoristiques et poétiques. Suite de textes inédits, les nouvelles et les récits expriment un état d’âme distinct, perçu à l’aube d’une impression. L’aventure de l’instant prend tout l’espace de cette Nature writing et devient complice de l’émotion. L’histoire se dessine sur le papier et transporte les mots. De la musique de Bach en sourdine à la folie culinaire d’un certain Docteur Croustenstein, du bal des pas perdus d’une personne atteinte d’Alzheimer à la seguidilla d’un guitariste insomniaque, de la chasse au pékan d’un trappeur aquarelliste végétarien à la quête d’une niche pour une famille sans rue fixe, les histoires évoluent au rythme des nuages et proposent une suite pour demoiselle amusante et pleine d’amitié. Mireille Noël est née à Montréal. Elle grandit dans l’esprit culturel des sixties. La littérature, la musique, le théâtre et le cinéma sont omniprésents tout au long de son carnet de route. Depuis toujours, elle écrit de jour et de nuit, sur tout et sur rien, comme un dialogue de poète avec la vie. En 1994, elle publie un premier roman aux Éditions Québec Amérique jeunesse, Un fantôme pour l’Empress. Auteur et carnetiste, elle jongle avec le roman, la nouvelle et la chronique. Depuis 2007, elle publie plusieurs chroniques sur Carnet de bord.

 Suite pour demoiselle
Cahiers Mireille Noël 4
Nouvelles
158 pages. Couverture souple. Papier recyclé de qualité.
Format : 12.5 cm x 20.5 cm
© Cahiers Mireille Noël, 2012
ISBN 978-2-9810859-6-2
Dépôt légal - Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012
Dépôt légal - Bibliothèque et Archives Canada, 2012
12,95 $ (frais de livraison et de manutention à ajouter)


Liens : versions imprimées : http://fr.blurb.ca/bookstore/detail/3595064



samedi 18 août 2012

M ou la vie dans la montagne 8 : rencontres

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Il suffit de rester tranquille assez longtemps en quelque endroit attrayant des bois pour que tous ses habitants viennent à tour de rôle se montrer à vous. Henry David Thoreau. Walden ou la vie dans les bois. Voisins inférieurs

Voilà une forme scientifique d’observation qui me plaît. Cette technique me ressemble. Entre les pas du randonneur et les pauses du dîneur, la méditation s’impose d’elle-même. Prendre une gorgée d’eau, une ration de noix, une pomme… Instant de repos sur la route. Ce sont ces moments impromptus qui souvent nous offrent des merveilles.

Que ce soit sur les sentiers ou dans les aires de détente, l’observateur garde le cœur ouvert.

Hier après-midi, sur le chemin de Rocky le Rouge dans la colline, je grignotai quelques amandes lors d’une pause. Le ciel ensoleillé offrait une lumière agréable. À ma droite, des bruits de fond incongrus attirèrent mon attention. Je ne voyais rien de significatif. Cependant, le bruit se poursuivait. Craquements, bris de vieilles branches, grattements, pas dans les feuilles. Holà ! Il y a sûrement des bêtes au travail dans cette forêt.

Une silhouette bizarre se détache sur les bois. La bête grimpe le long d’une carcasse d’arbre. Elle creuse des sillons dans l’écorce, l’arrache, projette par terre des tessons d’écorce. Dans ces bois qui ressemblent en tous points à ceux de Perrault et des frères Grimm, je dois m’attendre à tout. Est-ce un ogre à la poursuite d’un petit Poucet ? Une sorcière enragée en quête d’un miroir magique ? J’ose une inquiétude…

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L’inconnue poursuit son manège. Le petit animal, plutôt la bête inquiétante puisse qu’elle présente des proportions assez importantes. La bête noire a le profil fusiforme. Le corps accuse une quarantaine de centimètre, sans compter la queue qui m’apparaît d’égale importance. Elle creuse dans l’écorce et semble se régaler de sa trouvaille. Des insectes probablement. De mon poste d’observatoire, je discerne une tête carrée, des oreilles plutôt rondes et un museau pointu. J’hésite entre le mustélidé et le monstre des frères Grimm.

16082012157 Non. Ce n’est pas un loup ni une orque. Je me crois devant et très près finalement d’un type de mustélidé. Voilà que j’hésite encore entre la martre et la fouine. Je fouine autant que la bête dans mes ressources de naturalistes amateur. Peut-être un pékan ? Non, j’espère que non. Ce pékan est à craindre autant que le carcajou. J’ai écrit une nouvelle à ce sujet. Je vous en ferai découvrir toutes les subtilités cet automne dans un recueil de nouvelles. Nous y reviendrons.

Le dîner de la belle semble terminé. Sans se soucier de ma présence, elle se déplace. De bond en bond, mine de rien, elle se dirige vers moi. Misères ! Je suis seule sur le sentier de Rocky le Rouge. Je ne bouge pas. Soudain, un randonneur se profile à l’horizon. Une jeune mère se promène, sans souci, son nouveau né sur le cœur. Il est tout petit. C’est inouï le nombre de petits enfants qui circulent sur le dos de leurs parents dans la colline. J’admire ce geste, mais je tremble, car la bête ne semble pas craindre les rencontres importunes…

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Je salue la randonneuse… Au même moment, la martre, car il faut bien que je sois ferme dans mes évaluations, l’immense martre disparaît dans les bois.

À suivre

mercredi 8 août 2012

M ou la vie dans la montagne 7 : rencontres

 

N.C. Wyeth. Uncas slays a deer. 1919

Telle est le plus souvent la présentation du jeune homme à la forêt, et tel ce qu’il porte en lui de plus originel. Il y va d’abord en chasseur et en pêcheur, jusqu’au jour où, s’il détient les semences d’une vie meilleure, il distingue ses propres fins, comme poète ou naturaliste peut-être, et laisse là le fusil aussi bien que la canne à pêche. Henry David Thoreau. Considérations plus hautes.

Je me souviens de mes premières expéditions de pêche à la ligne. Ces journées de quête enfantine furent parmi les plus palpitantes de mon existence. Levée dès l’aube, je me revois muni d’un seau et d’une petite truelle, cherchant avec passion les vers de terre susceptibles de plaire aux poissons de ma rivière. Ce fut dans la rivière des Mille Îles que mes exploits de pêche les plus tonitruants furent établis. À l’image de Tom Sawyer et Huckleberry Finn, d’Œil de faucon et de la princesse Hiawatta, je taquinai le crapet-soleil, la perchaude, l’achigan, le doré, le brochet et même l’anguille.

À cette époque, je rapportais mes prises à la maison avec fierté. Certains pauvres spécimens se retrouvaient dans la baignoire familiale en attente d’une décision. La plupart retrouvaient le lit de la rivière après une brève consultation auprès de la Mama en chef.

Plus tard, à l’âge adulte, je prisai toujours cette aventure qui nous entraîne au bord de l’eau, sur les berges ou dans une barque, en guise de cache pour la pêche à la ligne. J’aimerais un jour connaître l’art de la pêche à la mouche. Loin de moi l’idée d’égaler Brad Pitt dans sa gestuelle inoubliable… mais, j’aimerais, un jour taquiner la truite ou le saumon, juste pour le plaisir de ce dialogue étrange entre le ciel et la rivière.

La rivière du sixième jour demeure un chef-d’œuvre pour tout amoureux de la nature.

Aujourd’hui, il m’arrive parfois de me rendre à la pêche. Désormais, le dialogue demeure parfaitement poétique. Je refuse de rapporter quoi que ce soit à la maison. Le trophée demeure à l’eau, le véritable trésor dans mon âme.

Inutile de vous préciser que la chasse ne fait pas partie de ma vie. Je chasse uniquement la nature à titre d’observatrice en chef. Je persiste et signe pour toute espèce animale qui évolue sur la planète. Les espèces en voie d’extinction se multiplient à un rythme effarant. De plus en plus de spécimens disparaissent quotidiennement. Inutile de vous avouer que je préfère la voie de la paix plutôt que la piste guerrière.

Ce qui me coupe le souffle, ce n’est pas le résultat final observable de la quête ou de la chasse : un trophée quelconque ou une image Ce qui me fascine et me bouleverse demeure le privilège de croiser la route de ces dieux de la forêt. L’instant privilégié et inoubliable d’une rencontre fortuite dans les bois ou ailleurs…

Le randonneur n’a rien du chasseur. Le marcheur se promène au cœur des sentiers avec ou sans but. La plupart aiment la nature, la méditation et le bien-être que cette activité lui procure. Beaucoup marchent vite et accumule les kilomètres. Ce n’est pas mon cas. J’aime errer le long des sentes à un rythme régulier, non rapide. Aussi, j’aime à observer, sentir et repérer la présence d’un faune discret.

Le premier cerf de Virginie qui daigna croiser ma route ne me salua pas du haut de ses quatre pattes. Je revenais du sommet Rocky. Je marchais librement sans me soucier du temps. Mon œil capta un reflet inusité sur la droite. Je retins mon souffle. Je plissai les yeux pour mieux apprécier l’effet bizarre sur les bosquets. Puis, une tache de blanc se balança crânement à quelques mètres. Je figeai sur place. Je n’en croyais pas mes yeux. J’étais seule dans le sentier. Je croisai les doigts pour qu’aucun randonneur bruyant ne vienne interrompre cet instant de bonheur.

La biche se balada pendant un moment entre l’herbe fraîche et le petit ruisseau de la colline. Je pus l’observer à satiété pendant une quinzaine de minutes. De temps en temps, elle redressait la tête pour regarder dans ma direction. Aux aguets, elle vérifiait mes intentions. Amie ou ennemie ? semblait-elle me murmurer. Satisfaite, elle poursuivit son déjeuner sur l’herbe sans se soucier de ma présence.

Depuis cette première émotion d’un après-midi d’un faune innocent, j’ai croisé les pas d’une dizaine de cerfs dans la montagne. Des faons, des grands mâles arrogants et des biches gourmandes aux airs de déesses. Je respecte leur territoire. Je ne les provoque pas par excès d’amitié. Je les laisse brouter, gambader et se promener tels des randonneurs à quatre pattes du dimanche… comme moi.

À suivre…